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Émilien Jacquelin : “Je peux skier plus rapidement et avec plus de régularité”

Émilien Jacquelin AFP / Marco Bertorello

Dans le dernier numéro d’IBU Magazine, Émilien Jacquelin est revenu sur la saison passée et comment il est arrivé à son niveau actuel.

Cinquième du général de la Coupe du Monde lors de l’exercice 2019/2020, Émilien Jacquelin a franchi plus qu’un palier l’hiver dernier. Champion du Monde à Antholz après un emballage final de toute beauté face à Johannes Boe, le tricolore de 24 ans s’est imposé comme l’une des grandes têtes d’affiche de la discipline, alors que son leader Martin Fourcade a décidé de raccrocher pour de bon. Pour le dernier numéro d’IBU Magazine, il revient sur cette dernière saison en se penchant sur la suivante.

C’était une saison marquante pour vous. Comment la résumer ?

Oui, c’est sûr, c’est une véritable réussite. Je ne sais pas si de nombreux adeptes du biathlon s’y attendaient, mais pour moi, cette année, je savais que j’étais capable de faire une grande prestation. J’ai travaillé très dur, j’ai changé beaucoup de choses, j’ai même mangé différemment. Mais en fait, je me suis senti vraiment bien tout l’été et tout l’hiver. Mentalement, je me sentais bien, avec moins de stress et juste du plaisir. Le plaisir de faire ce que j’aime, sans aucun doute et sans crainte. Juste être moi-même.

Vous avez été Rookie of the year 2017/2018, la saison dernière vous avez connu votre première saison pleine en Coupe du Monde. Comment les choses changent-elles lorsque vous rejoignez la Coupe du Monde à plein temps, à la fois physiquement et psychologiquement ?

La première chose est qu’il y a deux ans, je n’étais pas capable de faire une saison pleine avec de grandes performances. Ma forme et ma mentalité évoluaient beaucoup trop souvent avec des hauts et des bas. Je ne m’entraînais pas assez pour pouvoir être aussi fort que les meilleurs. Début 2018-2019 notre équipe a changé d’entraîneur, avec Vincent Vittoz et Patrick Favre, et j’ai compris ce qu’est le “haut niveau”. J’ai travaillé plus dur que jamais, je me souviens qu’en septembre, je me suis senti très fatigué, je me suis trop entraîné et je n’ai pas assez récupéré pour continuer l’entraînement. Je suis allé dans la chambre de Vincent, et nous avons parlé de ma préparation, et je lui ai demandé si je pouvais m’entraîner moins que les autres gars parce que j’étais vide. Il m’a juste dit : “Émilien, le haut niveau n’est pas pour tout le monde, peut-être que tu ne peux pas le faire”. Pour moi, c’était un terrible discours d’un entraîneur à son athlète. Mais c’était la vérité.

Émilien Jacquelin, élu “Rookie of the year” lors de la saison 2017/2018. Crédit photo : IBU

Alors, je me suis demandé si je voulais vraiment continuer de cette façon, si je croyais en mes chances. La réponse a été OUI. Depuis ce jour, j’ai essayé de changer. Travailler plus dur et croire en moi. C’est sûr que vivre une saison à plein temps au niveau Coupe du Monde vous apprend à gérer une saison avec tous ces hauts et ces bas. Vous devez être, chaque jour, à chaque course, à votre meilleur niveau. L’année 2018-2019 a été difficile pour moi. Je savais que j’étais un meilleur biathlète, mais je n’avais pas trop confiance en moi. Alors, depuis le 1er mai 2019 et mon retour à l’entraînement, je me suis dit “OK, allons-y ; pas de peur, juste du travail, et ça va payer. Je suis donc vraiment content d’avoir eu raison”.

Comment avez-vous abordé la saison 2019/2020 ? Avec quel état d’esprit ? Et quels changements ou avancées techniques avez-vous appliqué ?

Mon état d’esprit était très simple, comme un slogan : “Travailler, croire et oser”. Le travail est la chose la plus importante, croire en soi et en ses objectifs. Oser, c’est ma façon de croire et d’atteindre mes objectifs. J’étais plus concentré sur ce que je mangeais, sur mes étirements. En tirant, j’avais plus de certitude sur moi-même et sur la façon dont je devais tirer, pour tirer bien et vite. En fait, j’essayais juste d’être moi-même et d’être d’accord avec cela. Je ne voulais pas essayer de tirer comme quelqu’un d’autre. Je pense qu’être en accord avec moi-même m’a beaucoup aidé. À ski, l’objectif était d’être plus puissant et d’être plus endurant. J’ai perdu 4 kg et j’ai gagné en puissance, grâce à la musculation. C’était vraiment plus facile pour moi d’être bon sur les skis, en montée, et à la fin de la course, d’augmenter ma vitesse. Mais j’ai toujours beaucoup de travail à faire pour être plus rapide.

Vous êtes devenu champion du monde à Antholz en battant Johannes Boe dans une très belle fin de course. Quand avez-vous décidé d’utiliser votre expérience du cyclisme ?

Le dernier tour était le plus fou que j’ai fait. J’avais la tête pleine de choses. Entre rêve, réalité, douleur et courage, peur et audace. Pendant ce dernier tour, peut-être deux fois, je me suis dit : “Être deuxième, ça suffit, je serai fier.” Mais quand Johannes m’a laissé passer, quelque chose a changé dans ma tête, j’ai compris que je pouvais être actif et même dicter le dernier tour, je pouvais croire en moi, sans crainte. Alors ma réaction a été de serrer mes chaussures, comme le fait un sprinter, du genre “Ok, je suis prêt pour le combat”. Alors je l’ai regardé, je me suis retourné pour voir s’il voulait attaquer ; j’ai décidé d’attaquer une fois, il a pris plus de vitesse que moi dans le tunnel mais a failli tomber, j’ai vu que j’étais toujours premier au dernier virage, je savais que c’était gagné. Ce ne sont pas mes jambes ou ma tête qui l’ont décidé, mais l’enfant que j’étais. C’est sûr que j’ai utilisé l’expérience du vélo. C’était émouvant pour moi, parce que mon ancien entraîneur de cyclisme est décédé il y a quelques mois… C’est sûr que ces tactiques ne m’ont pas aidé à être un bon cycliste, mais à gagner un titre aux Championnats du Monde… Pour l’histoire, au Giro en mai, c’est un ami, Nans Peter, qui a gagné l’étape d’Antholz. Deux enfants qui ont réalisé des rêves.

Un finish de dingue aux mondiaux entre Johannes Boe et Émilien Jacquelin remporté par le Français. Crédit photo : IBU

Martin Fourcade était presque aussi fier que vous après votre médaille d’or. Quel est son rôle dans votre développement/progrès ?

Beaucoup. À vrai dire, Martin n’est pas quelqu’un qui donne beaucoup de conseils. Je pense que, pour lui, les jeunes gens comme moi doivent s’améliorer seuls, et non avec de l’aide. Mais nous nous entraînons ensemble depuis 6 ans maintenant, je suis comme son meilleur fan depuis mon adolescence ! Vous pouvez donc imaginer ce que l’on ressent en s’entraînant avec lui. Il m’a appris la rigueur dont vous avez besoin à chaque entraînement pour être bon. Un jour, il m’a dit : “Dans les courses, je mets de côté mon plaisir, l’important, c’est la performance”. C’était le contraire de ce que je pensais. Mais après cette saison, je comprends ce qu’il voulait me dire. Je ne peux pas compter tous les jours où nous nous sommes entraînés ensemble, l’entraînement dur, le bon entraînement, tous les jours où je me suis dit : “Il est fou”, mais c’est le plus grand biathlète. Je suis vraiment fier d’avoir couru avec lui. Cette dernière course, avec le dossard jaune et rouge, est le plus grand souvenir de ma carrière.

Comment pensez-vous que la dynamique au sein de l’équipe de France va changer sans Martin Fourcade ?

Je ne sais pas, je me suis posé la question à plusieurs reprises et je n’ai pas de réponses. Nous avons l’une des meilleures équipes françaises de tous les temps, c’est un fait, mais nous avons perdu notre leader. Comment allons-nous gérer cela ? Nous sommes tous des garçons intelligents, donc je ne pense pas qu’il y aura de tension pour être le nouveau leader ou quoi que ce soit. Mais comme toujours, si vous voulez qu’une équipe fonctionne bien et progresse, vous avez besoin d’un leader. Je suis sûr que les “anciens” comme Quentin, Simon, Antonin le feront. Avec Fabien, il suffit de les suivre. Il n’y a pas de problème dans l’équipe de France parce que nous nous acceptons tels que nous sommes. Nous voulons le meilleur de nous tous, mais nous préférons que ce soit un autre Français qui soit en face de vous plutôt qu’un biathlète étranger.

Sans leur leader Martin Fourcade, les bleus prennent la troisième place du relais d’Hochfilzen. Crédit photo : IBU

Où pensez-vous pouvoir vous améliorer le plus pour la prochaine saison ?

Je peux skier plus rapidement et avec plus de régularité. Je peux beaucoup améliorer mon tir debout, qui n’était pas assez bon pour me battre pour le podium à chaque fois. Mon plus grand défi est maintenant de m’entraîner sans Martin, seul à Villard de Lans. Il y a deux ans, Jean Guillaume Beatrix, Simon Fourcade et des amis étaient là. Maintenant, je suis seul. Ce sera bizarre. Mais j’ai accepté le défi. Cela va m’aider à mieux me connaître.

Interview complète à retrouver ici

Crédit photo : AFP / Marco Bertorello

Auteur

Aymeric

Aymeric

Rédacteur Biathlon Live

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