Première partie de notre long entretien avec les sœurs Gasparin, ambassadrices de la marque Odlo. À deux jours des championnats du monde à domicile sur le site de Lenzerheide, Selina, Elisa et Aita se confient sur leur relation unique. Malgré leurs 10 ans et 7 ans d’écart, elles ont toutes les trois évolué ensemble sur le circuit mondial, et ont grandement contribué à l’essor du biathlon en Suisse.
Première partie : le biathlon, une histoire de famille
Bonjour, Selina, Elisa et Aita. Votre histoire est unique : une seule d’entre vous aurait pu réussir, mais vous avez toutes les trois réussi à concourir au plus haut niveau, qui plus est dans le même sport. Vous êtes devenues de véritables légendes suisses du biathlon. Comment y êtes-vous parvenues et qu’est-ce qui rend le biathlon si spécial à vos yeux ?
Selina : Nous aimons vraiment ce sport. C’est tellement agréable d’être dehors, pas seulement pendant les compétitions, mais aussi pendant les rassemblements l’été, et de nous retrouver dans la nature. Nous aimons aussi nous entraîner. Nous apprécions l’équilibre entre la course à pied, le ski et le tir. Alors oui, ensuite, le biathlon est devenu une histoire de famille. Nous avons eu beaucoup de bons résultats et d’étapes franchies durant nos carrières respectives.

Bien sûr, la médaille olympique (ndlr : médaille d’argent pour Selina lors des JO de Sotchi en 2014 sur l’individuel) nous a aidées et a été une bonne chose. Mais notre souvenir le plus marquant, en tant que sœurs, a finalement été le premier relais olympique pour la Suisse. C’était tellement énorme. Ensuite, nous avons travaillé six années de plus pour obtenir notre premier podium en relais ensemble. Nous avons passé toute notre vie dans ce sport. C’est vraiment agréable d’avoir obtenu ces bons résultats et d’avoir écrit l’histoire du biathlon pour la Suisse. Je pense que c’est en partie grâce à notre soutien indéfectible les unes envers les autres et grâce à tous les bons moments que nous avons vécus ensemble. Nous étions tellement heureuses lorsque l’une de nos sœurs obtenait de bons résultats.
Nous sommes vraiment fières d’avoir pu réaliser notre rêve de monter sur le podium toutes les trois ensemble.
Pendant toutes ces années, vous n’étiez pas seulement les “trois sœurs” du biathlon : vous étiez une équipe compétitive. Quels sont, selon vous, les éléments clés de votre succès ?
Elisa : La clé a été notre constance à nous entraîner dans le but d’atteindre nos rêves. Lorsque nous avons dit tout haut ce que nous voulions réaliser, beaucoup de gens ont ri ou n’ont pas cru en nous. Mais nous, nous avons vraiment cru que nous pouvions le faire. Nous avons alors commencé à nous organiser pour nous entraîner de manière professionnelle tous les jours. Cela nous a pris de nombreuses années, notamment à cause de notre écart d’âge (ndlr : 7 ans entre Selina et Elisa, 10 entre Selina et Aita). Au final, nous sommes vraiment fières d’avoir pu réaliser notre rêve de monter sur le podium toutes les trois ensemble.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous de faire partie de l’équipe de Suisse de biathlon ?
Aita : L’équipe suisse fait partie de nous. C’est en partie grâce à nous qu’elle a commencé à se développer. Mais notre objectif initial n’a jamais été d’en faire partie : au début, nous étions les seules dans cette équipe. Nous voulions avant tout nous mesurer aux grandes nations du biathlon et monter sur les podiums internationaux, et pas uniquement ceux en Suisse.
Vous souvenez-vous de la première compétition à laquelle vous avez participé ensemble ? Quels sont les plus grands défis que vous avez relevés durant vos carrières respectives ?
Aita : Je me souviens du moment où j’ai été appelée pour participer au tout premier relais de ma carrière. C’était en décembre 2012 à Hochfilzen. J’allais encore au lycée : j’ai eu l’autorisation de partir plus tôt de l’école. Mon père m’a conduite là-bas, mais je suis arrivée un peu trop juste pour pouvoir m’entraîner. C’était donc un véritable défi pour moi de prendre le départ de cette première coupe du monde sans rien en savoir. Heureusement, mes sœurs m’ont calmée. Elles m’ont fait découvrir les lieux. Nous avons participé à ce premier relais ensemble, qui s’est soldé par une 16e place. C’était le début de notre histoire. Huit ans plus tard, à trois, nous sommes montées sur le podium, et pas seulement une fois, mais même trois fois quasiment d’affilée. C’était peut-être le moment le plus spécial de toute ma carrière.
Nous ne nous sommes jamais senties concurrentes entre nous.

Être sœurs a certainement favorisé vos carrières personnelles. Quelle force en avez-vous tiré et comment avez-vous réussi à être à la fois sœurs et concurrentes pendant les compétitions ?
Selina : Nous ne nous sommes jamais senties concurrentes entre nous. Nous avons toujours fonctionné ensemble et nous nous sommes poussées les unes avec les autres. Quand l’une d’entre nous était meilleure ou obtenait un bon résultat, nous étions vraiment contentes pour elle, même si, par exemple, les autres avaient fait une mauvaise course le même jour. Alors c’est vrai, sur la ligne de départ ou pour une mass start, où on doit se battre pour chaque place, quand tu te bats contre tes sœurs, tu le fais comme si elle était d’un autre pays. Mais sur la ligne d’arrivée, on redevient des sœurs.
Aita : Selina est la plus âgée et nous avons toutes les deux une belle différence d’âge (dix ans). Elle a toujours été la meilleure de nous trois. Elle a attendu que nous augmentions nos niveaux car elle savait que ça l’aiderait elle aussi. Ce n’était pas du tout un sentiment de concurrence, mais plutôt de progrès.

Selina : Imaginez-vous sur la ligne de départ. Vous avez cent concurrentes contre vous. Finalement vous êtes vraiment heureuse d’avoir vos sœurs à côté de vous. Comme je le dis toujours, si je suis sur la troisième marche du podium, je ne souhaite qu’une chose : que mes sœurs soient première et deuxième. C’est l’état d’esprit que nous avons toujours eu. En tant que sœurs, nous nous connaissons par cœur. C’était tellement agréable de voyager autant de jours avec elles chaque année, de partager nos chambres d’hôtel. Grâce à ce lien très fort, nous savions aussi lorsque l’une de nous ne se sentait pas bien ou avait besoin d’aide. Nous pouvions toujours nous soutenir mutuellement : c’était notre force.
Nous pouvions toujours nous soutenir mutuellement : c’était notre force.
Comment avez-vous maintenu votre degré de motivation et conserver votre amour pour le biathlon tout au long de ces années ?
Elisa : Nous aimons vraiment ce que nous faisons. Alors bien sûr, il y a des jours plus difficiles que d’autres, mais à la fin, nous ne voudrions rien faire d’autre. Quand nous sortons pour nous entraîner, nous le faisons pour nous-mêmes. Nous savons ce qui est nécessaire pour obtenir une bonne performance. Quand vous commencez à avoir de plus en plus de succès, vous réalisez pourquoi vous avez travaillé pour cela et vous voulez juste le faire encore et encore.

Selina : C’est vraiment la passion qui m’a animée et motivée pendant ma carrière. Personnellement, quand j’ai commencé, j’étais vraiment derrière. Mon but était donc simplement d’améliorer mes compétences. C’est devenu comme un jeu ou un défi de m’améliorer jour après jour et voir où cela pouvait me mener. Cela faisait sens pour moi : je voulais m’améliorer. Que devais-je faire pour m’améliorer ? Je dois m’entraîner. Quand vous comprenez le sens de l’entraînement, vous ne vous posez jamais de question comme « Pourquoi je fais cela ? » ou « Je ne veux pas le faire », ou « Il pleut, je ne veux pas sortir ». Non. Ça fait sens : je veux m’améliorer, alors je sors et je m’entraîne. Je n’ai jamais eu de jour où je me suis dit « Non, c’est difficile. Je ne veux pas le faire. »
Petit quizz à présent : qui est la plus rapide ?
Aita et Elisa ensemble : Selina !
Selina : Plus maintenant évidemment mais en effet, quand j’étais encore athlète, j’étais la plus rapide.
La meilleure tireuse ?
Selina : Elisa est peut-être la plus précise et moi la plus rapide.
La plus compétitive ?
Aita : Selina pour sûr.
>> Deuxième partie de notre entretien avec les sœurs Gasparin.
Crédit photo : Odlo

