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Fred Jean : “Je revis les émotions que j’ai pu vivre durant toutes mes années de coach”

Ancien entraîneur de l’équipe de France féminine, Fred Jean entamera dans quelques jours sa quatrième saison au micro de la chaîne l’Équipe, avec toujours autant de plaisir et de passion.

Beaucoup d’excitation déjà car j’ai hâte de voir où se situent nos biathlètes français. Hâte de voir tout ce qui a été validé durant la préparation même si on a eu des petits échantillons assez régulièrement avec les courses estivales et les courses de Geilo et de Bessans. Et hâte surtout de voir l’après frères Boe chez les hommes. Est-ce qu’on aura un athlète qui va s’imposer de la même manière ? Est-ce qu’on aura un nouveau patron ? Des courses plus ouvertes ? Hâte de découvrir tout ça.

  • Vous allez entamer votre quatrième saison en tant que consultant pour la chaîne l’Équipe. Vous prenez toujours autant de plaisir à commenter les courses ?

Je me régale ! Ce serait un réel manque de ne pas pouvoir le faire. En 2022, je n’ai pas arrêté parce que je n’aimais plus mon boulot. Au contraire, je reste un passionné de biathlon, un passionné d’entraînement. J’avais arrêté pour m’occuper de ma famille. Le fait d’être aux commentaires de la chaîne l’Équipe, j’ai l’impression d’être au bord de la piste. Je revis les émotions que j’ai pu vivre durant toutes mes années de coach, en les transmettant aux téléspectateurs.

Fred Jean © Kevin Voigt

Au début c’est nouveau (le commentaire, ndlr) : il faut prendre ses marques, faire attention à ne pas se marcher dessus avec qui on commente. Il y a toujours des choses à apprendre. Même après quatre saisons, j’apprends encore le métier. C’est toujours un plaisir de pouvoir le faire. Il y a une super équipe sur la chaîne. Ils arrivent à faire vivre le truc dans son intégralité. Ce sont des bosseurs, des passionnés. C’est agréable de travailler avec des personnes comme ça.

  • On vous retrouve sur quelles courses cette saison ?

Je vais à Paris en début de semaine prochaine pour commenter les individuels d’Ostersund. Ensuite j’enchaîne avec Hochfilzen. Je commenterai les courses du Grand Bornand, mais pour la production interne, sur place. Au mois de janvier, je suis sur Oberhof et les championnats d’Europe (Sjusjoen, ndlr) qui auront une autre connotation cette année, à une semaine des Jeux olympiques. Deux-trois nations vont se rendre sur ces championnats pour rester dans l’allure. En mars, je suis prévu pour l’étape d’Otepaa.

Ça fait quatre ans que je vois le biathlon un peu comme si j’étais un drone.

  • Vivre le biathlon de l’autre côté du micro vous a-t-il permis de voir différemment la discipline ?

Complètement. J’ai toujours trouvé ça bizarre qu’un coach actif puisse faire consultant. Pour moi, on est coach, on s’investit à 300%, on ne peut pas faire consultant en même temps. C’est compliqué. Mais aujourd’hui, le fait d’être consultant, ça fait quatre ans que je vois le biathlon un peu comme si j’étais un drone. Je le vois avec de la hauteur, j’observe des choses, alors que quand on a la tête dans le guidon (en tant que coach, ndlr) et qu’on prépare un objectif où il faut faire des médailles, on est pris dans le truc, on a les œillères et des fois on sort la tête de l’eau et c’est trop tard. Avec le rôle que j’ai depuis quatre saisons, ça permet de voir des choses et de se dire, « si j’avais eu ce recul là ». Ça me permet de faire des retours aussi à des anciens collègues, d’avoir aussi des informations de leur part qui vont m’aider dans mon job. C’est agréable de vivre la discipline de cette manière-là.

Paula Botet (FRA), Justine Braisaz-Bouchet (FRA)), Fred Jean (FRA), Anais Besond (FRA), Lou Jeanmonnot (FRA), Anais Chevalier-Bouchet (FRA), Chloe Chevalier (FRA), Julia Simon (FRA) © Kevin Voigt / VOIGT
  • Est-ce difficile pour vous de commenter les courses de vos anciennes biathlètes ?

Non ça ne me dérange pas du tout. Pour la plupart, je suis resté en contact avec elles, même s’il y a un tsunami depuis deux-trois ans. J’ai fait la part des choses. J’ai arrêté quelques mois après que cette affaire éclate. Je suis resté à ma place, je ne me suis pas positionné. J’ai continué à faire ma vie et à suivre le biathlon comme j’avais envie de le faire. Ça me permet de rester en contact régulier avec la plupart des athlètes que j’avais. Et d’un autre côté, dans celles que j’ai entraîné, il ne reste plus que Justine (Braisaz-Bouchet) et Julia (Simon). Après oui, je peux très bien être pris d’émotions différentes pour des filles que j’ai coachées et que j’ai eu très longtemps. Mais par contre, j’aurais toujours de fortes émotions. Par exemple pour Océane Michelon sur la mass start des derniers Mondiaux, j’étais hyper ému pour elle parce que, certes je ne l’ai pas coachée, mais je la connais un petit peu.  

Ça ne me dérangerait pas personnellement de repartir, mais niveau familial c’est impossible.

  • Avez-vous déjà pensé à un retour en tant qu’entraîneur ?

Ça m’a déjà traversé l’esprit mais je ne me suis jamais dit que je recommencerai. Comme on dit, il ne faut jamais dire jamais, mais je n’oublie pas la raison pour laquelle j’ai arrêté en 2022 : pour ne pas passer à côté de ma vie de père. En 2022, mes enfants étaient petits, aujourd’hui, ils ne sont toujours pas bien grands. Il y a beaucoup de paramètres qui font que j’aurais du mal et je me suis habitué à cette vie de famille aujourd’hui. Ça ne me dérangerait pas personnellement de repartir, mais niveau familial c’est impossible.

Fred Jean © Kevin Voigt
  • Avec le départ de Johannes Boe, Sturla Holm Laegreid est-il le grand favori à sa propre succession ?

Il faut voir. C’est quelqu’un d’hyper intelligent. Derrière la carabine, il a une telle aisance qu’on pourrait s’imaginer qu’il ne rate aucune balle. Mais physiquement ce n’est pas Johannes Boe. Et je pense qu’il y a des athlètes qui sont plus solides que lui. Je ne sais pas s’il sera capable de gagner un deuxième globe d’affilée. Il ne faut pas oublier que c’est un hiver olympique aussi. Il y a pas mal de choses qui font qu’on va certainement vivre un hiver assez alléchant.

  • Côté français, Éric Perrot semble bien placé pour le concurrencer…

Il est impressionnant. Mis à part le sprint de Geilo, il a gagné toutes les courses sur lesquelles il s’est aligné. Mais il reste jeune, on va voir comment il aborde ce nouveau statut car maintenant il est attendu. Je pense que c’est quelqu’un de très organisé, de très méticuleux dans ce qu’il fait. C’est un gros bosseur. Il sait ce qu’il veut, il sait comment faire pour arriver à ses fins. Mais une fois de plus il est jeune, et sur les JO il ne sera pas remplaçant cette année. Il est attendu pour décrocher un titre. Tout arrive en même temps pour lui cet hiver. Mais c’est évident qu’il va jouer dans la cour des grands. Mais j’espère que ce ne sera pas le seul français qu’on aura sur le devant de la scène. Il y aura une fois de plus une belle équipe de France.

Eric Perrot (FRA) © Nordnes/NordicFocus

Il me tarde de voir ce qu’elles ont plusieurs fois répété : priorité au sportif et uniquement au sportif.

  • Et pour les Françaises, malgré une intersaison mouvementée, les voyez-vous toujours aussi fortes collectivement ?

Ça fait trois ans que c’est tendu, mais là c’est sûr que ça a été très mouvementé. Ça ne les empêche pas de réussir depuis trois ans. Il me tarde de voir ce qu’elles ont plusieurs fois répété : priorité au sportif et uniquement au sportif. On y laisse quand même des plumes, de l’énergie et du jus dans des histoires comme ça j’imagine. J’espère que ça ne les aura pas trop entamées et qu’elles arriveront à s’épanouir et à évoluer à leur niveau. Dans n’importe quel métier on ne va pas partir en vacances avec son collègue de bureau. Dans une équipe il faut de tout, mais c’est vrai que c’est juste dommage de passer autant de temps ensemble dans l’année et de ne pas réussir à s’entendre plus que ça. Je reste sur ce que j’ai vu et lu : priorité au sportif. Mais ça fait trois ans qu’elles montrent de l’intelligence là-dessus et qu’elles s’en sortent.

  • Après deux derniers hivers terminés à la deuxième place mondiale, est-ce enfin la bonne saison pour Lou Jeanmonnot ?

Avec un peu d’humour, je préfère très sincèrement voir Lou Jeanmonnot triple championne olympique à Antholz que de la voir gagner le gros globe. Les JO c’est à part, c’est tous les quatre ans. Une médaille d’or, ça vous change la vie. Ça fait partie de l’ADN du sport. Remporter le gros globe, c’est hors norme pour moi car on doit être bon sur toutes les courses de la saison. Je lui souhaite les deux. Collectivement, je serais vraiment le plus heureux si elles arrivaient à être championnes olympiques du relais.

Crédit photo : Kevin Voigt